Les cas, c’est quoi???

Mais bon sang de bois, c’est quoi un cas ???

La grosse vulgarisation

Penchons-nous sur le cas des cas
– Un « cas », en linguistique, c’est un terme technique pour désigner les transformations qui s’opèrent sur un mot pour indiquer à quoi il sert dans la phrase. C’est l’uniforme qu’enfile un mot pour aller au travail. S’il est contrôleur, il met son beau costume et son chapeau; s’il est ouvrier, il enfile un bleu; et s’il va au McDo, il peut venir comme il est.

En français, il n’y a pas d’uniforme, parce que la place du mot dans la phrase suffit à peu près. Le contrôleur est quasiment toujours en tête de wagon, debout, alors que les autres sont assis à le regarder.

Quand on a besoin de préciser, on utilise souvent une préposition, un petit mot qui se place avant, comme si le mot qui nous intéressait portait un badge : « Parle à ma main » = « Bonjour, je suis votre complément d’objet indirect, vous pouvez m’appeler [ma main]».

On peut quand même vérifier en remplaçant par des pronoms, parce que les pronoms, eux, sont carrément différents en fonction du rôle qu’ils jouent dans la phrase : « Jean rencontre Pierre » → « Il le rencontre », et pas « il rencontre il ». Il, c’est le sujet ; le, c’est le complément d’objet direct.

– Quand je dis que le cas, c’est la tenue de travail d’un MOT, ce n’est pas tout à fait vrai. C’est la tenue de tout le groupe nominal (parce que c’est des groupes nominaux qu’il est question). Quand il s’agit d’un nom propre, c’est un seul mot, mais parfois c’est beaucoup plus long. Dans la phrase « Le petit chat que j’ai adopté l’an dernier est trop choupi», le sujet, c’est bien tout l’ensemble « le petit chat que j’ai adopté l’an dernier ». C’est un groupe de travail, une équipe « sujet ». Dans la phrase « J’ai foutu le petit chat que j’ai adopté l’an dernier dehors », ce groupe nominal est formé exactement des mêmes mots, mais c’est une équipe « complément ».

Dans certaines langues, chaque mot du groupe portera l’uniforme, ou un élément de l’uniforme. Dans d’autres, ce sera seulement le chef d’équipe (chat). Par exemple, si en français, l’adjectif s’accorde « seulement » en genre et en nombre avec le chef d’équipe, en finnois, l’adjectif s’accorde en nombre ET porte également certaines marques de cas qu’on a ajouté au nom avec lequel il travaille (alors qu’en anglais, l’adjectif, c’est un punk, il s’en fout de l’uniforme).

Bon ben d’accord, mais c’est quoi ces fameux rôles ?
Sujet : nominatif : J’ai beaucoup parlé de sujets dans la première partie, parce que c’est le plus simple. Dans un grand nombre de langues, c’est le cas par excellence où on ne touche pas au mot (dans la réalité, c’est que c’est le cas sous lequel on apprend le mot : c’est celui qu’on trouve dans les dictionnaires pour la plupart des langues). On peut le remplacer par les pronoms sujet : Je, I, Ich, Minä / Tu, You, Du, Sinä / Il, He, Er, Hän. J’ai mis des majuscules parce que dans toutes ces langues (français, anglais, allemand et finnois), le sujet est le plus souvent en tête de phrase.

On dit souvent que le sujet, c’est celui qui fait l’action. C’est un bon moyen de le repérer dans la phrase, mais c’est un peu inexact, et on reviendra là-dessus plus tard. Le sujet, c’est surtout celui qui conjugue le verbe.

Objet direct : accusatif : me, me, mich / te, you, dich / le, him, ihn (notez que la perfide Albion utilise le même pronom de 2ème personne au nominatif et à l’accusatif, salauds d’anglais…). On dit que c’est celui qui est modifié par le verbe. Là encore, c’est un raccourci pratique, mais ce n’est qu’un raccourci.

Certains verbes n’ont pas de complément d’objet (les verbes intransitifs : éternuer), d’autres ont absolument besoin d’un complément d’objet direct (les verbes transitifs : laver). Certains acceptent les deux fonctionnements (comme manger, ou lire) mais peuvent changer de sens (parler, et parler une langue).

Pour l’anglais, on s’arrête là. Il y a eu d’autres cas dans la langue par le passé, mais ils ont à peu près disparu ou fusionné, et pouf, c’est fini. De toute façon, ces cas ne sont visibles que sur les pronoms. Alors qu’en allemand, on ajoute des suffixes: des petits bouts à la fin des mots pour indiquer à quelle équipe de travail appartiennent noms et adjectifs; même les déterminants changent en fonction des cas.

Objet indirect : datif : c’est un complément d’objet du verbe qui a besoin d’y être raccroché par une préposition (comme une remorque): j’ai donné une rose à Marie → Je la lui ai donnée. Notez que dans certaines situations, il est absolument nécessaire, dans d’autres, il est optionnel. Cela dépend du verbe (car le vrai boss dans la phrase, c’est le verbe, sachez-le).

Complément du nom : le génitif. Il sert à indiquer qu’un groupe nominal en complète un autre : « la prof d’anglais » (pas « d’espagnol » ou « de chinois ») ; et très souvent, c’est un rapport de possession (« la tête de ma mère »). Voici le point « amuse-toi avec l’anglais » : dans « the english teacher » il y a deux interprétations possibles : soit english est un adjectif et dans ce cas, on a un prof de nationalité anglaise (et on ne sait pas ce qu’il enseigne), soit c’est le nom de la matière, complément du nom teacher, donc un prof de la matière « anglais » (dont on ne connaît pas la nationalité). Moralité : le cas « exprimé » ( c’est-à-dire visible), ça évite les malentendus. C’est pénible quand il s’agit de faire une phrase tout seul comme un grand, mais ça facilite carrément la compréhension.

Voilà pour les cas « principaux » (les 4 cas de l’allemand), histoire de montrer leur fonctionnement. Je ne vais pas faire une liste exhaustive qui ne servirait à rien, ce serait très long et très indigeste. En finnois il y en a 11 de plus, qui servent à indiquer le rôle des mots dans la phrase et / ou à remplacer les prépositions spatiales (dans, hors, sur, etc…)(donc des compléments de lieu) ou même « avec » ou « sans » : au lieu de mettre des petits mots avant, on met des suffixes comme en allemand, mais le but est le même: mettre un badge à un terme pour préciser à quelle équipe de travail il appartient.

La question qui tue: « Ils nous font suer avec leur jargon, pourquoi on parle pas de rôle et basta ? »
Parce que ce n’est pas si simple.

J’ai commencé en disant que le sujet, c’est celui qui fait l’action. Dans « je mange », c’est évident. Dans « je tombe », on peut déjà se poser la question (je le fais volontairement ou pas?). « Je regarde » et « je vois », ce sont deux concepts différents. Dans « je souffre », est-ce que je fais l’action ? En linguistique, on va encore détailler et parler d’agent (celui qui fait) ou d’expérient (celui qui ressent) par exemple.

Pour les compléments, on va également parler de patient (celui qui est transformé par l’action : « le chat a mangé la souris »), de destinataire (celui qui reçoit l’action : Embrasse ta femme pour moi »), d’instrument… Or, il y a un cas « instrument » en finnois (l’instructif) (« je vais à l’école à pied »)

Et puis il y a le passif : « la souris a été mangée par le chat ». La souris devient sujet, mais c’est toujours le patient. Le chat devient complément indirect introduit (raccroché) par « par », mais il est toujours agent. Si on traduit en anglais : « the mouse was eaten by the cat », « the mouse » est toujours sujet et patient, et « by the cat » est toujours agent et complément d’objet indirect (introduit par by), mais magie de la langue, il devient optionnel.

Le finnois possède donc 15 cas. QUINZE CAS. Ça commence à faire beaucoup, et plusieurs renvoient à un même rôle grammatical :

– pour l’objet direct, le finnois possède deux cas différents (au moins, je n’en suis que là), selon que l’objet est totalement modifié par l’action (accusatif) ou partiellement (partitif). C’est très important parce que le finnois n’a qu’un seul temps pour le présent, comme le français, et qu’en plus il sert également pour parler au futur, donc le complément au partitif indique qu’il n’est pas encore totalement « modifié », que l’action n’est pas arrivée à son terme, donc que je suis en train de la faire (l’équivalent du BE + Ving anglais); en revanche, avec un complément au génitif, on indique que le complément est complet, donc l’action finie (ou qu’on l’envisage comme telle, donc potentiellement dans le futur).

– pour dire « Je t’aime », les finlandais disent « Rakastan sinua » : rakastaa, aimer d’amour (love), est suivi du partitif (et non de l’accusatif, cas de l’objet direct), comme tous les verbes de sentiments très forts (c’est aussi le cas de haïr), peut-être parce qu’au moment où on le dit, ce sentiment semble sans limite.

Le finnois va utiliser des cas aussi variés que nous utilisons de prépositions différentes pour raccrocher nos compléments indirects au verbe en français ou en anglais, selon le sens ou la structure du verbe. Mais peut-on parler d’objet indirect, puisqu’ils suivent directement le verbe ?

Par exemple, pitää, aimer (au sens de like) a une construction sujet-verbe-complément, mais ce complément est à l’élatif (cas de la provenance, l’équivalent de la préposition « from » en anglais) : Pidän suklaasta = Je ressens du bien-être dont l’origine est le chocolat.